Издание Обще-Кадетского Объединения под редакцией А.А. Геринга
Thursday June 22nd 2017

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Les orchestres militaires russes. – P.F. VOLOCHINE



Nous savons tous des récits bibliques que les murs de Jéricho sécroulèrent au son des puissantes trompettes militaires. Telle est la force percutante que les peuples anciens attribuaient à la musique militaire. Et invariaboment, au cours des siècles suivants, tous les peuples sans exception faisaient état de linfluence de la musique sur lesprit des combattants. Dans la majorité des cas la musique salliait à la victoire, mais elle servait aussi à relever le courage des combattants.

Lemploi des instruments de musique dans l’armée russe remonte au 14ème siècle. Certains princes russes possédaient autour des étendards jusquà 140 trompettes et tambourins. Sous le règne du Tsar Alexis Mikhailovitch (1629-1676) lès régiments de cavalerie se servaient de timbales et aussi de tambourins. Ces tambourins atteignaient parfois des dimensions immenses, plusieurs chevaux les traînaient et jusquà 8 hommes frappaient dessus.

Les réformes militaires de l’Empereur Pierre I (1672-1725) apportèrent le début et l’organisation dunités, dorchestre auprès des régiments de l’armée russe. Les instruments se multiplièrent, les musiciens furent soumis à des exigences plus fortes et non plus à «faire tout bonnement du bruit».

Les instruments (dont les types sétaient développés en France sous Louis XIV) formaient primitivement trois groupes: 1) des flûtes et des tambours ; 2) des trompettes et des timbales ; 3) des hautbois et des bassons. Peu à peu sajoutèrent à eux des cors dharmonie et dautres, de trombones et d»instruments turcs»: de tambours «talek» et de triangles. Sous le règne dAnna Ivanovna (1693-1740) lexécution orchestrale atteignit une grande hauteur. Les professeurs de musique, en majorité des Italiens, perfectionnèrent grandement la technique de lexécution et à un tel point que des musiciens des régiments de la Garde vinrent faire partie de l’orchestre aux représentations dopéra à la Cour.

Tous les célèbres chefs militaires russes, Pierre I, Souvoroff, Koutouzoff, Bagration, etc, attribuaient une grande importance à la participation de la musique dans les combats. Souvoroff disait: «La musique est nécessaire et utile dans les combats, elle doit être la plus forte. Avec les étendards déployés et une musique tonitruante, jai pris Izmaïl». Le général Skobeleff avait une grande considération pour importance que la musique avait gagné dans les combats. Il favorisait les musiciens, les appréciait et, possédant le sens de lharmonie, leur donnait souvent des conseils utiles en leur exprimant ses désirs. Les temps passèrent, les époques et le caractère des combats se transformèrent, mais la musique réussit à conserver son importance jusquà nos jours.

Ainsi quil a été dit plus haut, les premiers professeurs et organisateurs des orchestres militaires étaient des étrangers; ils marquèrent dons d’un certain style le répertoire. Un nombre infime dœuvres exécutées à lépoque arriva à nous parvenir, mais toutes celles qui subsistèrent sont fortement imprégnées de linfluence occidentale. Néanmoins les musiciens russes arrivèrent à gagner par leur talent les postes de commande. Déjà en 1867, au concours des orchestres militaires à Paris, celui du régiment des Chevaliers Gardes gagna la première place. Les hommes connus de cette époque présentèrent une pléiade de remarquables chefs dorchestre militaires: Rahl (18021848), Bourme (1826-1904), Glavatch (1849-1911), Vladimiroff (1970-1932), etc. Linauguration par les frères Rubinstein des Conservatoires de St Pétersbourg et de Moscou et de tout un réseau décoles Impériales de Musique en province joua un rôle immense. De véritables musiciens professionnels et non plus des amateurs commencèrent à entrer dans l’armée en qualité de chefs dorchestre. Une fois de plus il faudrait mentionner Nicolas Andréievitch Rimsky-Korsakoff dont les dix années dactivité à la tête de tous les orchestres de la Marine russe demeureront toujours des pages glorieuses dans l’histoire de la musique militaire russe. Avec sa précision méticuleuse, il apprit à jouer de presque tous les instruments militaires, y compris les plus difficiles comme la clarinette. C’est  grâce à sa sollicitude que les orchestres de la Marine améliorèrent leur répertoire, la qualité de leurs instruments et le style de leurs partitions. Rimsky-Korsakoff se passionna pour cette branche de son activité tout en nayant jamais donné dans ses œuvres un rôle indépendant aux orchestres militaires se limitant au son des «cuivres» auxquels d’ailleurs il nattribua jamais un caractère guerrier, mais un son au caractère héroïque (de même que Wagner et Berlioz).

Par contre, toute une lignée de compositeurs russes rendirent hommage aux orchestres militaires. Aliabieff composa la première symphonie russe pour orchestre militaire (1830). Chez Glinka l’orchestre militaire figure dans ses deux opéras («La Vie pour le Tsar» et «Rouslan et Ludmila»). Tchaikovsky, Rubinstein, Balakireff, Glasounoff contribuèrent tous à cet art. La dernière œuvre de Glasounoff fut un concerto pour saxophone brillamment exécuté à Paris par les musiciens de la garde nationale.

Lcpoque davant la guerre de 1914 éleva à une très grande hauteur la technique et le répertoire des orchestres militaires. Il est vrai que les marches» — base de la musique militaire — nous arrivaient toujours de létranger et curieusement plutôt de France que dAllemagne ; elles étaient envoyées par des éditions très commerciales à des prix modestes, avec des partitions toutes préparées pour chaque instrument, mais elles ne se distinguaient pas par une musique très élevée.

Les orchestres militaires possédaient plusieurs variantes quant à leur composition: ainsi dans la cavalerie, comme règle générale, les instruments étaient tous en cuivre (sil y en avait en bois ceuxci nétaient employés quà des bals, des concerts, etc.), ce qui donnait aux orchestres de la cavalerie une sonorité très personnelle ; ils ne possédaient non plus ni tambours, ni cymbales. Dans les régiments dinfanterie par contre les orchestres atteignaient des proportions immenses, avec des saxophones, des batteries, des contrebasses à cordes qui apportaient dans des concertos une grande douceur. Les orchestres des régiments dinfanterie se dénommaient «orchestres de régiment», ceux de la cavalerie et de l’artillerie — «chœurs de trompettistes».

Il était dusage que les quatrièmes régiments de chaque division (anciennement les chasseurs) ne devaient posséder dans leur orchestre ni instruments de bois, ni tambours, à lexemple de la cavalerie, mais cette coutume nétait pas suivie partout, quoique le régiment de la Garde de Finlande se tenait strictement aux instruments de cuivre.

L’Artillerie ne recevait aucun crédit pour lentretien d’un orchestre ; aussi certaines brigades nen avait pas ; la majorité prélevait sur les fonds spéciaux des batteries et sur des versements bénévoles des officiers sur leur modeste pécule ; elle possédait donc de petits orchestres, parfaitement accordés.

En dehors des marches militaires, le répertoire sétendit jusquà lexécution dœuvres symphoniques. Lexécution de «pots-pourris» dopéras russes et étrangers était fort à la mode. Après N.A. Rimsky-Korsakoff toute une kyrielle de compositeurs russes travaillèrent sur des répertoires pour orchestres militaires. La perfection technique de ces derniers leur permettaient dexécuter des œuvres aussi difficiles, comme la marche de Berlioz, des extraits de «Lohengrin» et de «Tannhaüser».

La «base» de chaque orchestre se composait d’un groupe de musiciens «salariés*, des professionnels engagés dans l’orchestre. Ils portaient l’uniforme du régiment respectif, se conformaient au régime militaire et demeuraient en service parfois jusquà un âge avancé.

Un second élément qui complétait les orchestres était représenté par de jeunes garçons sortant de lassistance publique ou simplement des orphelins de la classe roturière ou danciens soldats. Ces garçons portaient aussi lunifome et recevaient même des grades avant lâge du service militaire. Ces gamins assimilaient très rapidement la technique et devenaient au bout de quelques années d’excellents musiciens demeurant souvent en service en qualité de musiciens militaires. Ils faisaient tous partie des écoles pour fils de soldats où ils suivaient un cours élémentaire.

Dans les capitales où se trouvaient les conservatoires, beaucoup de jeunes gens à la veille de leur service militaire préféraient entrer en qualité de musiciens dans les régiments de la Garde dont les orchestres se distinguaient par leur splendeur et le nombre élevé dexécutants. Les écoles militaires Pavlovskoé et Alexandrovskoé sises dans les capitales possédaient pour les mêmes raisons d’excellents orchestres militaires.

Bien des gens de ma génération ne pourront oublier les concerts «monstres» présentés annuellement sur la scène du Théâtre Impérial de St Pétersbourg. Tous les meilleurs musiciens des régiments de la Garde y prenaient part, réunis en un seul orchestre, parfois de 500 exécutants. Limmense scène du Théâtre Marie, à partir du «trou du souffleur» et sélevant toujours jusquaux arrière-plans (tout le dernier rang était pris par les immenses tambours «turcs») était occupée par les musiciens en grande tenue de leurs régiments, ce qui présentait déjà un spectacle grandiose. Les meilleurs chefs dorchestre des régiments de la Garde étaient au pupitre. Ces concerts étaient nommés «Concerts des Invalides» étant donné que toute la recette était destinée pour les œuvres des invalides de guerre. Les meilleurs chanteurs et cantatrices prêtaient également leur concours gracieux à ces concerts «monstres».

La province suivait les capitales, organisant partout des concerts de bienfaisance sur ce modèle avec les orchestres réunis des régiments de garnison.

P.F. VOLOCHINE

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